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Alors elles s’étaient regroupées à l’autre bout du champ, au pied du talus, fixant la voie silencieuse, attendant le TER 7687 de 7h13 qui ne viendra jamais, ce que je me gardai bien de leur dire, et ça meuglait, ça beuglait, mon vieux, ça faisait peine à voir.

Oui, nos vaches sont prises en otage, qu’on se le dise.
Ben c’est vrai, quand ta vie est rythmée par le TER de 7h13, le Corail de 10h28, et l’Elipsos de 19h44, ben quand y’a grève, t’es comme légèrement dévariée, et tu rechignes un poil à te faire tirer sur la mamelle comme si de rien n’était. C’est humain comme réaction, mais bon, n’imaginez pas que ce soit sans conséquences sur le yaourt.
Déjà qu’avec les TGV qui vionzent, que c’est limite subliminal comme passage, ben là t’es carrément sevrée. D’autant que dans bientôt, c’est direction le pensionnat, à l’étable, oust, et pour tout l’hiver, dans une promiscuité pas possible, à te faire shooter aux hormones et à l’antibio, j’te jure, y’a des fois, t’aurais comme l’envie de fuguer.

Alors ce matin je les ai appelées, et elles sont venues me voir, mais pas trop vite quoi, et pis elles se sont arrêtées à deux mètres pour renifler, pasque les vaches, c’est des sacrées pétochardes. Pis y’en a une qui s’est approchée, et j’y ai caressé le museau, pasque c’est important de créer du lien social dans la vie.
Alors les autres sont venues aussi et je leur ai tripoté le museau à toutes. Bon c’est sûr, ça remplace pas un train mais ça console un peu.

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ça vient de (Attention: bloug de machineur...), un petit nouveau dans mon reuseuseu (merci Mementora), mais déjà vivement conseillé.